23h45, à Whitehorse : je suis en train de regarder un film sur l'ordinateur pendant que Danielle dort.
D'un coup sec, je sens une fatigue intense qui me gagne. Mais une fatigue, mes amis, comme jamais je n'avais ressentie auparavant. J'ai à peine le temps de fermer l'ordinateur tellement sa progression est rapide. Je me lève et je sens mes jambes fléchir et mes forces m'abandonner complètement. Je suis vraiment étonné et surpris à la fois. Je n'ai pas mal. Je ne suis que très très très fatigué. C'est avec grande peine que je réussis à me hisser sur le lit après avoir enjambé Danielle péniblement (je dors au fond). Je m'allonge et je sens que je vais m'endormir instantanément. Je ressens alors une drôle de sensation : de mon oreille droite, je sens comme un rayon de froid qui va en s'élargissant. Comme si je recevais de l'eau glacée qui s'épandait sur le côté de ma tête. Je me demande ce qui se passe mais un violent mal de tête me surprend. Et çà fait mal ! Je sens, je sais que c'est anormal ! J'essaie de m'asseoir mais je suis incapable de bouger. Je suis paralysé. Et ce mal de tête qui n'en finit pas. Je sais, à ce moment, que je fais quelque chose de grave, genre "hémorragie cérébrale". Je pense un instant à mon père qui est décédé de cette façon et je sens que ma dernière heure est venue. J'essaie de bouger, j'essaie de parler, de faire signe à Danielle mais je suis couché de côté, incapable de faire le moindre geste ou de parler. C'est drôle les pensées qui nous habitent à ce moment-là; je vais vous les traduire dans l'ordre où je m'en souviens :
- Je fais un AVC; (j'en suis sûr là)
- Çà va s'aggraver et je vais sombrer bientôt dans le coma;
- Je suis surpris de ne pas avoir peur (je m'y attendais depuis longtemps car ce genre de maladie est héréditaire dans notre famille et çà survient généralement avant la soixantaine);
- Je me trouve chanceux de mourir au Yukon. Quelle belle place pour mourir ! (Bizarre, hein ? mais c'est ce que j'ai pensé);
- Çà va faire du trouble à Danielle qui devra ramener mon corps, l'auto et la remorque au Québec. Quelle fin de voyage gâché pour elle !
- Je pense au cadeau très spécial (et très précieux pour moi) que j'ai acheté pour les enfants et je suis déçu de ne pouvoir leur remettre en main propre.
- Pourrai-je encore sculpter ?
Bizarres ces pensées, hein ? Mais c'est vraiment ce que j'ai pensé.
Puis... je me suis abandonné... fatigué, épuisé...
Je crois que je me suis évanoui car je ne me souviens plus de rien après.
Vers 3h00 du matin, Danielle est sortie pour aller aux toilettes. Et... ÇÀ M'A RÉVEILLÉ !!!
Tiens ? Je ne suis pas mort ? Je suis vivant, ai-je réalisé.
Alors que Danielle rentre dans la tente-remorque et se recouche, je m'entends dire, d'une voix enrouée et pâteuse :
- Danielle !!!
- Quoi ? me demande-t-elle.
- Çà file pas pantoute !
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? me demande-t-elle.
- Je ne sais pas, m'entends-je dire, avec grand peine, avec la même voix éraillée.
Elle se rend compte que je ne file pas pantoute. Plein de questions de sa part mais pas beaucoup de réponses de ma part car j'ai la bouche paralysée d'un côté.
J'essaie de m'appuyer sur un coude mais j'en suis incapable. Je retombe sur le dos. Et tout tourne dans ma tête !
Danielle réalise que je fais un AVC. Je lui fais signe que... oui.
Dans ces cas-là, pour votre information, il n'y a rien à faire. Le dommage cérébral se fait et c'est quelques temps après qu'on mesure l'ampleur des dégâts, médecin ou pas, hôpital ou pas.
Je suis exténué, incapable de bouger. Ne ne sais plus si je me suis endormi, évanoui ou je sais trop quoi.
Je ne sais plus l'heure qu'il était quand j'ai enfin réussi à m'asseoir sur le bord du lit pour que Danielle m'amène à l'hôpital de Whitehorse. Je me souviens que, lorsque je me levais, j'étais constamment attiré vers la droite et que je tombais, en déséquilibre. Mal de coeur, mal de tête, étourdi, la face paralysée du côté droit, très faible, nous nous présentons à l'urgence qui me traite... en urgence.
6h00 plus tard : l'urgentologue confirme, après m'avoir fait passé des scans de la tête, que j'ai fait un AVC. J'ai été très chanceux, m'a-t-il dit. Pas de séquelles majeures ! J'aurai des vertiges pendant ma convalescence, des étourdissements. Il me donne copie des rapports médicaux pour que je les donne à mon médecin pour qu'il fasse les suivis nécessaires. Je passerai d'autres examens en arrivant à Québec.
Çà fait 3 jours maintenant que c'est arrivé. Je n'ai pas voulu vous en informer tout de suite car je ne savais pas si j'aurais compliqué dans les jours suivants.
Maintenant, çà se précise. Je suis en parfaite voie de guérison.
J'ai encore quelques vertiges, étourdissements mineurs et nausées mais je sais que c'est le temps maintenant qui finalisera ma guérison.
Jusqu'à hier, c'est Danielle qui a conduit l'auto. Pendant 3 jours.
J'ai conduit aujourd'hui sur environ 130 kilomètres et çà a très bien été.
Demain, lorsque nous reprendrons la route, après que la tente-remorque sera réparée, c'est elle qui fera la première partie du trajet vers Yellowknife.
Danielle voulait qu'on reprenne tout de suite la route vers Québec.
Moi, pas question ! Je ne manquerais jamais l'occasion de voir Yellowknife, la Capitale des Territoires du Nord-Ouest. C'est sur mon insistance qu'elle s'est résignée à poursuivre le voyage. Et ceux qui me connaissent le savent : quand j'ai une idée dans la tête, difficile de m'en faire changer... Ahahahaha!
Je vous rassure tout de suite. Je suis en forme. Pas parfaite encore mais je récupère très bien et beaucoup plus vite que ce que je pensais. Je sais que c'est déjà du passé et on continue notre voyage comme prévu. C'est pour cette raison que nous n'avons pas progressé rapidement depuis Whitehorse. Il fallait que je prenne le temps de guérir et de me reposer comme me l'a prescrit le médecin.
Décidément... ce voyage aura été rempli de surprises et d'imprévus de toutes sortes. Je repense à tous ceux à qui j'ai dit, avant de partir : "C'est le temps de faire ce voyage tandis qu'on est en santé ! On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve !" Je ne croyais pas si bien dire...
J'ai voulu écrire ce blogue à Whitehorse même. Danielle ne voulait pas car elle ne voulait pas que les enfants s'inquiètent. J'étais bien déçu car, pour moi, le blogue était notre journal de voyage et je tenais à tout marquer dans ce journal. Finalement, quelques jours plus tard, je l'ai convaincue (elle n'avait pas le choix, à vrai dire) de me laisser écrire ce message.
J'ai hâte de "monter" à Yellowknife !
Je vous aime tout le monde : Julien, Olivier, Vincent, Vanessa, Jean et Renée, Renée M., Claude, Pierre et tous les autres qui nous suivent de près ou de loin.
Ne vous en faites pas : je vais très bien. C'EST PASSÉ ! Et j'ai passé à travers.
Dans un message rapproché, et dès que nous aurons accès à Internet, je vous parlerai de mes réflexions en matière de sculpture. Il est temps que je ramasse un peu mes idées et que je synthétise mes apprentissages. Plein de projets exploratoires en vue !
Gilles
mercredi 18 août 2010
mardi 17 août 2010
Adieu le Yukon
Nous sommes partis le 15 au matin de Whitehorse. Il est étonnant de penser que cette partie du voyage est déjà terminée. Nous sommes donc redescendus vers Watson Lake. Quelle ne fut pas notre surprise de constater qu'il y avait un feu de forêt près de Watson Lake. En fait, il était en Colombie Britannique dans le district par lequel nous étions arrivés au Yukon. Il y avait de la fumée sur la route et cela environ 150km avant d'arriver à Watson Lake. Nous avons inséré une photo pour montrer la fumée qui cachait les montagnes. L'air était irrespirable.
La température au Yukon a été très agréable. Nous avons eu un peu d'été. Il faut dire que c'est très sec et aride dans ce coin de pays. Il n'y a pas d'eau dans le sol et, lorsqu'il y en a, l'eau n'est pas potable. L'eau se draine vers les lacs. Nous avons pris quelques belles photos sur le chemin du retour. Vous pourrez constater par vous même.
Notre étape fut le Parc Provincial Hot Springs en Colombie Britannique. Quelle merveille. Vous allez me dire que nous en faisons une priorité. Pas vraiment, mais nous aimons vraiment ces bains d'eau chaude minéralisée. De plus, celui là est dans une "piscine naturelle". Eh oui! dans une rivière avec des bassins naturels. Il y avait 3 bassins et chacun avec des degrés différents, il y en avait un à 63C. Nous ne l'avons pas essayé celui-là, trop chaud. Certains courageux le faisaient. Mais moi je trouvais cela un peu dangeureux que de rester dans cette eau très chaude. Le décor de cette source thermale est enchanteur, on dirait un autre monde.
En chemin, nous avons vu des troupeaux de bisons sauvages et de chèvres de montagnes. On rencontre ces animaux tout au long, sur le côté de la route. Ils se sauvent lorsque nous approchons mais nous avons le temps de les prendre en photo. Çà fait tout drôle de voir ces bêtes que nous ne retrouvons pas chez nous.
Enfin, il a fallu faire effectuer des réparations de nature électrique sur la tente-remorque. Nous avons donc été chez un vendeur de tente-remorque à Grnde-Prairie et, comme les réparations n'étaient pas finies en fin de journée, le concessionnaire nous a offert de monter la remorque sur son stationnement et de continuer les réparations dès le lendemain, tôt. Tout un site de camping !!!Danielle
dimanche 15 août 2010
A cheval à Whitehorse
Nous sommes à Whitehorse et quoi de plus normal qu'une promenade à cheval. J'ai donc fait à vie ma première promenade à cheval et cela s'est très bien passé. Nous avons pris quelques jours de repos dans cette ville, qui sous un aspect un peu morne, offre un milieu de vie intéressant pour les gens qui y habitent. Il y a beaucoup de restaurants et toute la gamme des magasins y est. Beaucoup d'activités sont annoncées pour la fin de semaine et la vie semble bien active dans cette petite communauté où tout le monde se connaît.
Depuis plus d'une semaine, la région connaît une canicule et je peux vous dire qu'il fait chaud, surtout que nous sortons de 2 mois passés dans la pluie et le froid. Ce qui est particulier, ici, c'est que les nuits sont très fraîches. Donc le matin, c'est froid mais au fur et à mesure que la journée avance, il fait chaud et la chaleur atteint son point culminant vers 17h. Là c'est torride et on recommence à être confortables vers 20h.
Ici c'est aussi le pays des guêpes, elles sont des centaines à sillonner le camping et c'est comme ça dans tout le Yukon. Heureusement qu'elles ne sont pas belliqueuses.
Nous partons demain pour Yellowknife, une route de 1800km, donc 3 jours.
Danielle
jeudi 12 août 2010
On fête ce soir !
Nous sommes à Whitehorse, ce soir. Nous sommes arrivés vers 18h30 et nous sommes campés à Takhini Hot Springs, un terrain de camping superbe où nous avons pris un "hot spring" aux environs de 20h30, après avoir monté la tente-remorque. Un "hot spring" est une piscine thermale alimentée par une source d'eau chaude volcanique. La température est aux environs de 44 degrés centigrades. C'est très chaud (çà brûle, même, lorsqu'on entre dans l'eau) et çà fait beaucoup de bien. Ces eaux sont fortement minéralisées. Le principal avantage de ces bains, c'est que çà permet au corps d'absorber, par la peau, une quantité importante de minéraux et de se détendre tout à la fois. C'est beaucoup moins agressif que de prendre des pilules de vitamines. Ai-je besoin de vous dire qu'il n'y a rien de mieux pour la détente...
Et, laissez-moi vous dire qu'on en profite...
Bien que nous soyons à plus de 530 kilomètres de la Dempster Highway, nous fêtons encore notre aventure. Vous n'avez pas idée jusqu'à quel point nous sommes contents d'être sortis de cette route. Nous avons pris un bon souper arrosé d'une bouteille de vin. Nous sommes un peu ivres. C'était mon rêve personnel d'aller au cercle articque et d'aller à Inuvik, je dois le dire. J'y tenais beaucoup plus que Danielle. Mais, pour être honnête, je ne pense pas me tromper beaucoup en disant que l'expérience a été traumatisante, et pour Danielle et pour moi, tellement ce fut difficile. C'est très dur de passer plusieurs jours en rade, sans aucune aide, sans aucune communication, sur le bord d'un chemin perdu à l'autre bout du monde. Nous sommes fiers de l'avoir fait car beaucoup de gens s'aventurent dans la Dempster Highway mais rebroussent chemin après la première crevaison et, souvent même, bien avant. Nous avons été tenaces et courageux et...nous l'avons fait. Je ne sais pas ce que nous aurions choisi si nous avions su, avant, ce qui nous attendait. Mais, au fur et à mesure que nous avancions, je suis certain que nous avons pris les meilleures décisions pour survivre. Et j'en suis, personnellement, très fier. Danielle, aussi, en est fière. Je l'ai entraînée dans une aventure incroyable et elle a vécu tellement de frayeurs qu'elle mérite toute mon admiration. Ceux qui me connaissent savent que j'aime les défis extraordinaires. Je n'ai pas de mérite à me retrouver dans de telles situations et à m'en sortir. Çà fait partie de moi, tout simplement. Danielle dit souvent que j'aime être dans la merde et, ma foi, je dois admettre qu'elle a raison. Je me sens vivre à la puissance 10 quand de telles situations surviennent. Mais Danielle est différente : elle aime planifier d'avance et tout prévoir. Dans la Dempster Highway, rien ne peut être planifié. On vit à chaque heure, ne sachant jamais ce que l'heure suivante nous apportera. Le courage, ce n'est pas d'aimer ces situations. Le courage, c'est de vaincre ses peurs et de les surpasser. Danielle est très courageuse. Je le pense vraiment. Je ne connais pas, personnellement, beaucoup de personnes qui n'auraient pas paniquées face aux situations que nous avons vécues depuis la dernière semaine. Ce fut vraiment (mais vraiment là)... très difficile.
Alors, ce soir, nous avons pris un bon souper et nous avons ouvert une bonne bouteille de vin pour fêter, quelque 500 kilomètres plus loin, notre survie. Je ne retournerais jamais sur cette route avec un Dodge Caravan et une tente-remorque. J'aurais un Ford 1500 chaussé de pneus anti-rocks avec deux pneus de rechange et deux bidons d'essence en surplus. Cette route ne pardonne pas.
Je suis bien conscient des dangers auxquels nous avons échappés, bien fier de les avoir affrontés et de nous en être sortis sains et saufs.
Je ne sais pas combien de fois encore nous fêterons notre sortie de cette route mais je peux vous dire que nous ne sommes pas prêts de l'oublier. C'est, de très loin, la partie du voyage dont nous nous souviendrons le plus longtemps. Tout au long de la route aujourd'hui, nous nous remémorions ce que nous avions vécu.
Nous avons rencontré, aujourd'hui, sur la route, un couple qui a essayé, en vain, de faire la Dempster. Ils ont rebroussé chemin après 250 kilomètres. 80 % des touristes rebroussent chemin. On a été jusqu'au bout ! Yééééé ! Mais... on ne le refera jamais plus.
Gilles
Et, laissez-moi vous dire qu'on en profite...
Bien que nous soyons à plus de 530 kilomètres de la Dempster Highway, nous fêtons encore notre aventure. Vous n'avez pas idée jusqu'à quel point nous sommes contents d'être sortis de cette route. Nous avons pris un bon souper arrosé d'une bouteille de vin. Nous sommes un peu ivres. C'était mon rêve personnel d'aller au cercle articque et d'aller à Inuvik, je dois le dire. J'y tenais beaucoup plus que Danielle. Mais, pour être honnête, je ne pense pas me tromper beaucoup en disant que l'expérience a été traumatisante, et pour Danielle et pour moi, tellement ce fut difficile. C'est très dur de passer plusieurs jours en rade, sans aucune aide, sans aucune communication, sur le bord d'un chemin perdu à l'autre bout du monde. Nous sommes fiers de l'avoir fait car beaucoup de gens s'aventurent dans la Dempster Highway mais rebroussent chemin après la première crevaison et, souvent même, bien avant. Nous avons été tenaces et courageux et...nous l'avons fait. Je ne sais pas ce que nous aurions choisi si nous avions su, avant, ce qui nous attendait. Mais, au fur et à mesure que nous avancions, je suis certain que nous avons pris les meilleures décisions pour survivre. Et j'en suis, personnellement, très fier. Danielle, aussi, en est fière. Je l'ai entraînée dans une aventure incroyable et elle a vécu tellement de frayeurs qu'elle mérite toute mon admiration. Ceux qui me connaissent savent que j'aime les défis extraordinaires. Je n'ai pas de mérite à me retrouver dans de telles situations et à m'en sortir. Çà fait partie de moi, tout simplement. Danielle dit souvent que j'aime être dans la merde et, ma foi, je dois admettre qu'elle a raison. Je me sens vivre à la puissance 10 quand de telles situations surviennent. Mais Danielle est différente : elle aime planifier d'avance et tout prévoir. Dans la Dempster Highway, rien ne peut être planifié. On vit à chaque heure, ne sachant jamais ce que l'heure suivante nous apportera. Le courage, ce n'est pas d'aimer ces situations. Le courage, c'est de vaincre ses peurs et de les surpasser. Danielle est très courageuse. Je le pense vraiment. Je ne connais pas, personnellement, beaucoup de personnes qui n'auraient pas paniquées face aux situations que nous avons vécues depuis la dernière semaine. Ce fut vraiment (mais vraiment là)... très difficile.
Alors, ce soir, nous avons pris un bon souper et nous avons ouvert une bonne bouteille de vin pour fêter, quelque 500 kilomètres plus loin, notre survie. Je ne retournerais jamais sur cette route avec un Dodge Caravan et une tente-remorque. J'aurais un Ford 1500 chaussé de pneus anti-rocks avec deux pneus de rechange et deux bidons d'essence en surplus. Cette route ne pardonne pas.
Je suis bien conscient des dangers auxquels nous avons échappés, bien fier de les avoir affrontés et de nous en être sortis sains et saufs.
Je ne sais pas combien de fois encore nous fêterons notre sortie de cette route mais je peux vous dire que nous ne sommes pas prêts de l'oublier. C'est, de très loin, la partie du voyage dont nous nous souviendrons le plus longtemps. Tout au long de la route aujourd'hui, nous nous remémorions ce que nous avions vécu.
Nous avons rencontré, aujourd'hui, sur la route, un couple qui a essayé, en vain, de faire la Dempster. Ils ont rebroussé chemin après 250 kilomètres. 80 % des touristes rebroussent chemin. On a été jusqu'au bout ! Yééééé ! Mais... on ne le refera jamais plus.
Gilles
mercredi 11 août 2010
Inuvik et retour à Dawson City
Mercredi, 11 août
En revenant de prendre ma douche ce matin à 05h30, je jette un rapide coup d'oeil à Danielle pour m'assurer que tout va bien : elle dort dans la tente-remorque, le visage quelque peu crispé. Elle a besoin de refaire ses forces, ma chérie. Elle est épuisée. Je monte le chauffage, sors dehors et me fais un mauvais espresso qui goûte le sulfure avec des grumeaux sur le dessus. La crème n'a pas résistée au secouage du voyage de retour. Un "raven" se promène autour de la tente-remorque. Nous sommes de retour à Dawson City où nous avons dû laver auto et tente-remorque (photos un peu embrouillées, désolé). Je suis courbaturé. Les cuisses et les bras me font mal à force d'avoir forcé hier dans la Dempster. Heureusement, hier soir, nous nous sommes divertis en assistant à un spectacle western de french cancan. Rien ne manquait dans ce bar western traditionnel : les joueurs de poker, les danseuses, le pianiste, etc. (photos)
Nous avons été désappointé de constater l'état d'Inuvik. Nous nous attendions à voir une belle petite ville Inuit remplis d'Esquimos fiers de présenter leur art et leur culture. Pas du tout ! En fait, c'est une ville aride, sale, sans agrément touristique et sans architecture (2 photos) avec trop d'Inuits ivres ou drogués qui tentent de déambuler dans la clarté lumineuse de la nuit. Ici, le soleil ne se couche pas. Il fait jour 24h sur 24. C'est triste à voir. Les Inuits ne sont plus chez eux, perdus dans cette ville dorénavant dominée et contrôlée par les Blancs qui sont venus y exploiter le gaz naturel. J'ai pris le temps de m'asseoir et de discuter avec un jeune Inuit pour lui demander ce qui se passait et pour valider mes perceptions. Ils sont profondément malheureux. C'est comme çà, me suis-je dit, qu'on détruit des cultures et des humains. Même les institutions Inuit sont contrôlées par des Blancs. Les leaders Inuits se sont éteints ici.
Nous ne sommes restés qu'une seule nuit à Inuvik, le temps de constater les dégâts et de ramener quelques souvenirs dont une magnifique sculpture.
Le retour à Eagle Plains s'est très bien déroulé le lendemain également. Nous y avons recampé (2 photos de paysage) et, le lendemain, nous avons repris la Dempster, en route vers Dawson. Le ciel était très beau et, de nouveau, nous avons admiré les cariboux qui broutaient dans les grandes vallées.
Cependant, la route n'a pas été plus facile car au kilomètre 130, au même endroit où nous avions fait nos crevaisons 2 jours auparavant, nous avons refait, à nouveau, 2 crevaisons, toutes les deux sur le côté droit de la voiture. Nous avions racheté un nouveau pneu de secours à Eagle Plains. Mais... 2 crevaisons simultanées, çà ne pardonne pas, ici. Comme nous commencons à en avoir l'habitude, nous avons redressé la tente-remorque sur le bord du chemin. Message de détresse habituel à la première voiture qui passait et, une heure plus tard, voilà les gars du Maintenance Department qui rappliquent. Alors que nous nous étions fait calmement à l'idée que nous devions passer encore quelques nuits au bord de la route, nous avons été surpris de voir que les gars de l'entretien de la route nous ont dépanné très rapidement. Ils ont pris nos 2 pneus et les ont réparés gratuitement en moins d'une heure. Et nous avons repris la route. L'un des pneus avait 2 performations majeures et l'autre n'en n'avait qu'une seule. À 30 km/hre, nous avons finalement retrouvé, avec grand soulagement, la route d'alsphalte.
Dire que la Dempster Highway est difficile, c'est peu dire. J'ai joint quelques photos des déboires des gens qui s'y aventurent (3 photos dont 1 camion renversé). Nous avons eu l'occasion d'aider un motocycliste dont la moto était en rade : son moteur avait surchauffé à cause de la poussière et s'était arrêté. Le kilomètre 130, là où nous avons fait toutes nos crevaisons, en montant et en descendant, est particulièrement dangereux car la route est pavée de moraines coupants comme des rasoirs. Même les gars de l'entretien de la route qui sont chaussés avec des pneus spéciaux anti-rocks font des crevaisons. Faut voir la façon dont leurs véhicules sont équipées et les 2 ou 3 pneus de rechange qu'ils gardent en permanence.
Aujourd'hui, séance d'entretien du Caravan (changement d'huile, filtre à air, inspection) et demain, en route vers Whitehorse d'où nous partirons, par la suite, en direction de Yellowknife.
Gilles
lundi 9 août 2010
2e objectif atteint : le cercle arctique ! Ouf !
Çà y est : on a atteint le Cercle arctique ! Nous avons franchi le latitude 66. Nous sommes dans l'Arctique, un rêve que je caressais depuis longtemps. Nous sommes, ce soir, dans un hôtel d'Inuvik. Un hôtel ? Ben oui, sacrament, un hôtel !!! On a dû se délester de la tente-remorque pour se rendre ici. Toute une aventure ! Je vous raconte...
D'abord, on s'était bien préparé pour faire la route du Nord qui s'appelle la Dempster Highway, la route la plus terrifiante au Canada. Pourquoi ? Plus de 860 km de route de gravel, de terre, de boue et de moraine de glacier. Pas d'alsphalte ici. La route est si longue que la température change constamment. Vous commencez dans le beau temps, vous rencontrez des orages, de la pluie, du vent, en fait, toutes les températures. Et çà... c'est seulement pour monter à Inuvik... Il faut redescendre après... en un seul morceau !
On s'était bien préparé que je disais: j'avais recouvert le devant de la tente-remorque et tous les orifices de tapis bien collés pour éviter que la gravel ne vienne "sandblaster" la remorque (photo). On avait un pneu de rechange car rares sont les véhicules qui ne font pas de crevaison dans cette trail. 1720 kilomètres, aller-retour... çà laisse des traces sur l'équipement...
Le début de la route était fait de grosses roches. Çà sautait assez dans l'auto que la moumoutte me faisait le tour de la tête. Vitesse : 50km / heure. Quelques kilomètres dans le calcium blanc (photo) qu'ils ont étalé sur la route pour diminuer la poussière. Quelques heures après le départ, un violent orage nous atteint et... crevaison. Shit ! Bon, pas si grave, sauf que le fichu pneu de secours est coincé sous l'auto par la boue et les pierres. Deux heures passent sous la pluie sans réussir à dégager le fichu pneu. Et ici, la loi l'oblige, quand quelqu'un est en rade sur le bord de la route, tu dois t'arrêter et l'aider : c'est une question de survie car il n'y a pas de communication et il n'y a personne sur la route. Oubliez le cellulaire. Deux motocyclistes passent et nous offrent leur aide. Çà ne marche pas non plus. Je dois couper le cable de retenue du pneu de secours pour le libérer. Clic ! C'est fait. Petite photo de tout le monde crottés par la boue sous l'auto, remerciements, rigolades, bouteille de vin, souhaits de bonne chance et, on repart, les uns les autres.
On poursuit le chemin, un peu nerveux, car il nous reste 130 kilomètres avant d'arriver à notre premier campement sur la Dempster, là où un garagiste peut réparer le pneu crevé. Mais 5 kilomètres plus loin : Bang ! Le derrière de l'auto s'écrase à terre : le pneu de secours vient de crever lui aussi mais, là, c'est plus sérieux. Le pneu avait été mal installé à cause de la boue. Le pneu crève, les studs de roue sont strippés, la roue part dans la forêt boréale en route pour je ne sais pas où avec... le Brake Drum en prime. Tabarnak ! Le derrière de l'auto s'effondre. Je maintiens l'auto sur la route. Je m'arrête. Regarde et constate l'ampleur des dégâts : je n'ai plus de roue. Je ne sais pas où elle est allée. Hééé Oooh !! Quelqu'un a vu passer une roue ? Je n'ai plus de pneu de rechange. Je pense que là, là, on est "dans la marde" pis, pas à peu près. Faut trouver un moyen de s'en sortir !
Une heure plus tard, un couple d'Inuvik passent en camion et nous promettent, rendus à Dawson City, de contacter une remorqueuse pour venir nous chercher. On aura de l'aide, demain, peut-être, car il faut 6 heures pour se rendre ici. On s'installe donc la tente-remorque et on campe sur le bord de la route. Danielle s'inquiète : et s'ils ne faisaient pas le message ? Le monsieur, là, était pas à jeun. Y était rond comme un oeuf. Y vas-tu s'en souvenir quand y va arriver à Dawson le lendemain ? Moi, l'adrénaline me stimule. C'est l'fun. On est en situation de survie. J'aime çà !!!??? (malade).
Le lendemain après-midi, 2 gars du Maintenance Department passent en camion et nous aperçoivent : ils ont une radio onde-courte (CB). Je leur demande s'ils peuvent contacter les garages de Dawson pour savoir si quelqu'un a transmis notre message de détresse. Deux heures plus tard, c'est affirmatif. Le seul garagiste de Dawson a bien reçu un message d'un couple disant que nous étions en rade sur le bord de la Demster à environ la distance Québec-Montréal dans le bois. Il va venir nous remorquer... dans 2 jours, s'il a le temps. Shit ! On a pas fini de camper sur le bord de la route. Une chance qu'on a de la bouffe, de l'eau et de l'énergie avec la génératrice et du gaz en masse pour la faire marcher. Pis une une chance qu'on avait la tente-remorque pour s'héberger.
C'est le vide total ! Il pleut et il pleut. Il passe une auto à chaque 2 heures environ. Do you need help ? Are you OK ?
Danielle fulmine à chaque fois que je réponds "Yes, we need help but we are OK. Somebody is supposed to have given our message to a mechanic at Dawson City and we will get help tomorrow or, maybe, a little bit later. We have food, we have water, we have energy and we have sex too. All is right ! ". Tout le monde rit. Et les autos repartent nous laissant seuls. De temps à autre, un sadique ralentit, le temps de prendre une photo avec un grand smile dans la face. On doit attendre. Rien d'autre à faire. Je réconforte Danielle qui, avec les heures, a apprivoisé la situation maintenant. Elle a fait preuve d'un courage remarquable, je dois dire. Ce qui l'inquiétait, c'est qu'on avait pas de confirmation pour la remorqueuse.
On évalue qu'on peut tenir environ une semaine. Après çà, va falloir attraper du lièvre, du poisson pis manger des racines ! :-)
Je fais des recherches le long du chemin dans les marécages et réussit à trouver la roue de secours crevé et le brakedrum à différents endroits. Simonak ! Je sais pas combien d'heures j'ai passé à chercher ces pièces-là ! Enfin, je les ai. Le brake drum n'est pas brisé mais la roue de secours est scrap ainsi que les studs de roue. On a vraiment besoin d'une remorqueuse-là. Et je calcule... remorquage : 600 $ minimum, drum brake : 300 $, 2 roues de secours : 600 $, les studs.... Une crevaison sur la Dempster nous coûtera environ 1500 $ à part le temps du mécano qui prendra 6 heures à nous rejoindre. Shit ! Le voyage vient de changer d'allure et je désespère d'atteindre le cercle polaire. Il faudra retourner à Dawson et poursuivre notre route vers Québec.
À la 3e journée, le mécano se pointe alors que j'étais parti à la pêche et taquiner les ours (pour passer le temps). Je rapplique quand j'entends son klaxon. Il a amené tout ce qu'il fallait pour réparer sur place, le brave homme. Et il a une roue usagée mais... pas de roue de secours. Bon ! Faut faire avec ! Il répare. 1 heure plus tard, il nous demande : êtes-vous membre du CAA ? Oui, réponds-je. Ben..., me répond l'autre, y paient tout sauf les pièces usgées que j'ai amenés. Çà va vous couter 150 $ !
Hourra ! Je l'aurais embrassé ! Mais 3 autres problèmes se posent maintenant : 1- nous ne pouvons revenir sur Dawson City car c'est trop loin. L'autre n'a apporté qu'une seule roue et nous devons rouler jusqu'à Eagle Plains sans filet de secours sur cette roue qui bouffe des pneus en un temps record. Nous devons poursuivre pour avoir un autre pneu de secours. 2- On n'a plus d'essence pour se rendre à Dawson. On a épuisé nos bidons de réserve. 3- Je dois revenir à Québec pour la fin de septembre et le temps commence à nous manquer.
Et les rares camions que nous rencontrons nous disent que la route est encore plus mauvaise vers Eagle Plains. Mais, nous n'avons vraiment pas le choix : nous devons continuer jusqu'à Eagle Plains pour avoir un autre pneu de secours et de l'essence.
La route est boueuse. Çà glisse, çà dérape, les roues avant virent dans le vide bien souvent mais... on réussit à se rendre à Eagle Plains. Le garage d'Eagle Plains n'était pas équipé pour faire des réparations lourdes mais on a réussi à acheter un nouveau pneu car celui qu'on avait crevé avait 5 trous dans la semelle et était irréparable. Tant qu'à faire un flat, aussi bien en faire un bon...On a eu de l'essence. Faut maintenant reviser notre situation : on redesdend à Dawson ou on continue dans le nord. Décision : on continue. Moi, c'était mon rêve.
Et nous voilà reparti après une nuit de repos dans cet endroit perdu. Direction Inuvik mais, cette fois, on décide de se délester de la tente-remorque pour alléger l'arrière de l'auto ! On la laisse à Eagle Plains et on la reprendra en revenant. On enlève de l'équipement dans le coffre du van. Comme çà, on n'aura moins de chance de faire de crevaisons et on sera plus agile dans la route boueuse. On se prendra un hôtel à Inuvik pour une nuit ou deux.
La route entre Eagle Plains et Inuvik était beaucoup plus belle que la première partie. Quelques dizaines de kilomètres pas faciles mais, en bout de ligne, elle était meilleure. Et, pour ajouter, les paysages et la faune étaient superbes. Nous avons pris quelques photos pour vous montrer les paysages, les hordes de chevaux sauvages et de caribous qui courraient à nos côtés le long de la route. Certaines chaines de montagnes demeurent gelées en permanence à cause du permafrost; elles sont blanches (photo). Un vrai safari ! Fascinant ! La grande aventure dans tous ses sens ! On se sent vivre à la puissance 10.
Et bien... nous nous sommes à Inuvik. Il fait jour 24 heures sur 24. Tout le temps.
Nous sommes arrivés vers 18h00 et j'écris ce message à partir de la chambre d'hôtel. Demain, on visitera mais on sait déjà qu'il n'y a pas grand chose à visiter ici à part quelques boutiques de sculptures et de souvenirs. Les croisières et les voyages d'avion pour explorer la région coûtent trop chers. On sait déjà qu'on repartira demain pour récupérer notre tente-remorque à Eagle Plains. On pourra partir plus tard car, de toute façon, il fait toujours clair. Et... on espère que le voyage de retour vers Dawson se fera sans problème mais... vous comprendrez qu'on est un peu nerveux. Il y a de bonnes chances qu'on ait des surprises en redescendant. En tout cas, on a bien hâte de revoir l'alsphalte de Dawson... dans 860 kilomètres encore.
Le prochain message se fera dans 3 ou 4 jours si tout va bien (pas de crevaison, pas de bris sur l'auto ou sur la tente-remorque...) Sinon, ben... quand on se sera sorti de la merde à nouveau. :-)
À tantôt !
Gilles
dimanche 8 août 2010
Dawson City et le "far north"
Avez-vous entendu parler de Dawson City, cette ville du Nord qui symbolise la ruée vers l'or. Eh bien nous y sommes arrivés le 4 août. Il fait chaud presque 28C et c'est l'été. J'ai sorti mes sandales et mes culottes courtes et je profite du soleil. Ce sont les premiers jours d'été que nous connaissons depuis que nous avons quitté le Lac Huron en mai. Je dois dire que cela fait du bien mais il fait pas mal chaud, on n'est plus habitués à cette chaleur.
Pour parler de Dawson, il faut voir les images. La ville a gardé son caractère du début du 20ième siècle. Les trottoirs de bois, les rues en terre et l'architecture des maisons cotoient la modernité des automobiles et d'internet. Les gens sont tissés serrés dans ce coin de pays.
Et le chemin pour se rendre de White Horse à Dawson, fait penser aux anciennes pistes du far west. Souvenez vous des films de cowboy, dans lesquels les cowboys voyageaient d'un bourg à l'autre, en s'arrêtant dans un endroit isolé pour y faire boire son cheval, prendre un verre de wisky, un bon repas, un bain et ... aussi un dodo. Eh bien c'est la même chose sur cette route, mais à la moderne. Nous avons pris un repas dans une des ces haltes auberges et ma foi ce que nous avons mangé était excellent et très copieux. Nous avons donc eu un doggybag pour notre souper.
Maintenant, nous sommes à Inuvit. Nous avons donc passé 2 jours à Dawson à nous préparer pour la route d'Inuvit qui semble pleine d'aventures.
Danielle
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